Rien ne s’est passé comme prévu

Rien ne s’est passé comme prévu

Témoignage

Rien ne s’est passé comme prévu

En 2015, j’ai commencé à avoir mal à une dent du fond, du côté droit.

Rien d’extraordinaire au début. Une douleur dentaire. Le genre de douleur qui te fait passer la langue dessus toutes les dix minutes, comme si ta langue allait soudainement t’expliquer pourquoi tu as mal.

J’ai fini par consulter un dentiste. Il a demandé une radiographie panoramique, un examen qui permet de voir l’ensemble des dents et des mâchoires sur une même image. La photo de cet article est la radiographie que j’ai faite. [1]

Pas une. Pas deux. Les quatre.

Tant qu’à faire, autant vider le grenier.

J’ai été orienté vers un chirurgien. Le 25 septembre 2015, je suis passé au bloc pour faire enlever les quatre dents sous anesthésie générale, donc complètement endormi. C’est l’une des possibilités pour ce type d’intervention, même si toutes les extractions ne nécessitent pas une anesthésie générale. [2]

Dans ma tête, le plan était simple : quelques jours avec une tête de hamster, un peu de soupe, un peu de glace, quelques antidouleurs, puis retour à la vie normale.

Je n’avais pas prévu d’y consacrer les mois suivants.

Les premiers jours avec une tête de hamster

Au début, c’était à peu près ce que j’imaginais.

La bouche gonflée. La douleur. La difficulté à manger normalement. Cette impression d’avoir une mâchoire qui ne m’appartenait pas complètement. Mâcher était devenu un luxe et ouvrir la bouche, un projet.

La douleur, le gonflement et une gêne pour ouvrir la bouche ou manger peuvent effectivement accompagner les suites d’une extraction. Une alimentation molle et le respect des consignes font partie des mesures habituelles de récupération. [4] [13]

Je le savais. Je ne m’attendais pas à sortir du bloc et à commander un steak.

Je me disais simplement : « Bon, ça fait mal, mais ça va passer. »

Puis il y a eu le sixième jour.

Le jour où je me suis mouché

Au sixième jour, je me suis mouché. Voilà.

Dit comme ça, c’est presque trop banal pour mériter une place dans un article. Quand on a le nez qui coule, on se mouche. Non ?

Sauf que les racines de certaines dents du haut se trouvent tout près du sinus maxillaire, une cavité remplie d’air située dans l’os de la joue et reliée au nez. Après une extraction, une ouverture peut parfois subsister entre la bouche et ce sinus : c’est une communication bucco-sinusienne. [3]

Avec la pression du mouchage, j’ai senti de l’air passer dans ma bouche. Ensuite, en faisant un bain de bouche penché vers l’avant, j’ai vu l’eau ressortir par le nez.

Un tunnel secret. Sauf que personne n’avait demandé de tunnel.

Je ne peux pas affirmer que le mouchage a créé l’ouverture. Je l’ai découverte à ce moment-là. Lorsqu’une communication existe, les variations de pression peuvent compromettre la cicatrisation. [3]

Sur le moment, je me sentais surtout un peu bête. Je n’avais pas couru un marathon ni testé ma cicatrisation avec une fourchette. Je m’étais mouché.

J’avais la goutte au nez. J’étais censé faire quoi ?

Ne reproduis pas mes gestes pour te tester. Si de l’air ou du liquide passe entre ta bouche et ton nez après une extraction, contacte ton chirurgien. [3]

Un mois sans me moucher

J’ai revu le chirurgien. Il m’a examiné et a confirmé la communication.

Une petite ouverture peut parfois se fermer spontanément ; une autre nécessitera une fermeture chirurgicale. C’est au professionnel d’en décider après examen. [3]

Dans mon cas, il a choisi de laisser une chance à la cicatrisation, avec une consigne très claire : ne pas me moucher pendant un mois, puis revenir pour un contrôle.

Pas « doucement ». Pas « seulement si c’est nécessaire ».

Pas me moucher.

Pour situer le niveau de difficulté, j’ai une déviation de la cloison nasale et des allergies, notamment aux acariens. La première peut gêner le passage de l’air dans le nez ; les secondes peuvent provoquer un nez bouché ou qui coule. Autant dire que les mouchoirs faisaient déjà partie de mon quotidien. [5] [6]

Pendant un mois, j’ai donc reniflé comme un gros porc. Niveau glamour, on était loin du compte. Mon épouse, qui était encore ma copine à l’époque, a fait une belle preuve d’amour en ne me larguant pas.

Ce mois d’interdiction était ma consigne personnelle. En cas de précautions sinusiennes, suis celles de ton chirurgien : essuie le nez sans souffler et ne bloque pas les éternuements. [3]

Au rendez-vous suivant, le chirurgien a vérifié la zone et m’a annoncé que la communication s’était refermée.

Enfin tranquille.

Ou pas.

Le petit bout d’os qui me détruisait la langue

Quelques jours après ce contrôle, j’ai senti une zone de plus en plus dure dans ma gencive, en bas à droite, à l’endroit où une dent avait été retirée. Puis une petite pointe d’os a commencé à dépasser.

J’avais presque l’impression qu’une nouvelle dent poussait.

« Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ?! »

Dans mes recherches, j’avais trouvé le terme spicule osseuse. Après une extraction, un petit fragment ou un bord osseux saillant peut effectivement devenir apparent et irriter les tissus voisins. Sans reprendre mon dossier de l’époque, je préfère rester descriptif : chez moi, c’était une pointe d’os qui dépassait de la gencive et frottait contre la langue. [7]

Dit comme ça, « un petit bout d’os », ça ne paraît pas grand-chose.

Sauf que ma langue le touchait quand je parlais, quand j’avalais, quand j’essayais de manger. Bref, quand elle faisait son travail de langue.

J’ai commencé par manger de l’autre côté et parler moins. Ce dernier point représentait déjà un effort considérable pour moi.

Mais la pointe continuait à frotter. Ma langue s’est retrouvée en plaie, irritée, douloureuse, à vif. Chaque repas devenait une négociation. J’ai fini par me rabattre sur du liquide, parce que mâcher était une torture.

Quand la bouche fait mal en permanence, elle finit par occuper toute la place. Tu essaies de manger sans la toucher. De parler sans la réveiller. De penser à autre chose, sans y arriver très longtemps.

Et tu perds patience. Avec la douleur, avec les repas, avec les gens qui n’y sont pour rien.

Pour résumer : je pétais un câble.

Le problème qui revenait

J’ai appelé le chirurgien et obtenu un rendez-vous deux jours après l’apparition de cette pointe.

Il a coupé la partie qui dépassait. Un petit « clic », et plus rien ne blessait ma langue.

Je me suis dit que c’était bon.

Le lendemain, je sentais de nouveau un relief. Le surlendemain, il dépassait davantage. Et ma langue avait évidemment retrouvé son nouvel ennemi.

J’avais l’impression que l’os repoussait. C’est ainsi que je le vivais, mais cette impression ne permet pas d’affirmer qu’un nouvel os se formait à chaque fois. Ce que je constatais, c’était simplement qu’un relief redevenait apparent.

J’ai repris contact avec le chirurgien, qui m’a revu une semaine plus tard. Cette fois, il a ouvert la gencive pour retirer plus profondément la partie osseuse gênante, puis refermé la zone.

Pour une irrégularité osseuse douloureuse, une correction peut effectivement nécessiter d’ouvrir la gencive afin d’accéder à l’os, plutôt que de couper uniquement ce qui dépasse. Ce n’est pas un geste à tenter soi-même. [7]

Dans ma tête, pourtant, le raisonnement n’avait pas changé : on enlève ce qui pique, je n’ai plus mal, je remange.

J’allais découvrir que cette nouvelle intervention avait ses propres suites.

La douleur à laquelle je ne m’attendais pas

Après la première coupe, le soulagement avait été presque immédiat. Je pensais retrouver la même chose.

Mais cette fois, la gencive avait été ouverte et l’os travaillé plus en profondeur. Ce n’était plus simplement couper une petite pointe visible. Une intervention dans la bouche peut entraîner de nouvelles douleurs et un gonflement, même lorsqu’elle paraît limitée. [4]

Sur le plan technique, je ne peux pas juger rétrospectivement chaque geste. En revanche, je sais comment je suis sorti du cabinet : sans avoir compris ce qui m’attendait ni comment j’allais gérer la suite.

Le jour même, la douleur est devenue très forte. J’ai pris du paracétamol, puis de l’ibuprofène, sans obtenir le soulagement espéré. Même le tramadol ne m’a apporté qu’un petit répit. Le paracétamol est un antidouleur ; l’ibuprofène est aussi un anti-inflammatoire ; le tramadol appartient à la famille des opioïdes et nécessite une prescription. [8] [9] [10]

Je ne donne volontairement ni les doses ni l’enchaînement précis de mes prises. Ce passage raconte ma douleur, pas une ordonnance à reproduire. Les doses, les intervalles et les associations doivent respecter la prescription et les conseils du professionnel. Une douleur qui reste intense malgré le traitement mérite une réévaluation, pas une escalade improvisée de comprimés. [2] [8] [9] [10]

Ce dont je me souviens surtout, c’est de cette sensation d’être coincé : avoir toujours aussi mal et attendre, sans savoir comment rendre les heures suivantes supportables.

La nuit a été difficile. Ma joue avait beaucoup gonflé.

Je pense que la photo ci-dessous parle d’elle-même.

Visage de Diogo avec la joue gonflée après l’intervention dentaire
Ma joue après l’intervention.

Je voulais juste que ça s’arrête.

Le coup de fil à Rui

J’ai essayé de joindre le chirurgien. Il n’était pas disponible ce jour-là. On était samedi.

Je pouvais aller aux urgences de l’hôpital où je travaillais pour demander une évaluation. Mais avant cela, j’ai appelé Rui (propriétaire de cette clinique), un ami de longue date devenu dentiste.

Nous étions tous les deux au début de notre vie professionnelle. Moi en Belgique, lui au Portugal. Je ne l’avais encore jamais consulté, mais je lui faisais confiance. Je savais surtout que s’il ne savait pas, il me le dirait.

Je lui ai raconté toute l’histoire. Je lui ai montré mon visage. Il m’a posé beaucoup de questions. C’était en 2015, bien avant que les appels vidéo médicaux fassent partie de nos habitudes.

À partir de ce que je lui décrivais et lui montrais, il estimait qu’un antibiotique était nécessaire et m’a proposé une adaptation du traitement contre la douleur et l’inflammation.

« Tu es sûr ? » lui ai-je demandé.

« Fais-moi confiance. »

Et je lui ai fait confiance.

Je suis ensuite allé aux urgences de mon hôpital. J’ai expliqué la situation et transmis l’avis de Rui à l’un de mes collègues médecins, qui m’a prescrit l’antibiotique.

Ce passage ne signifie pas qu’une joue gonflée après une intervention nécessite systématiquement un antibiotique. Une douleur ou un gonflement ne suffisent pas, à eux seuls, à confirmer une infection. Le traitement dépend de l’évaluation clinique et, selon le problème, des soins dentaires locaux peuvent également être nécessaires. [4] [12]

Concernant les anti-inflammatoires, les doses évoquées à l’époque m’avaient surpris. Une protection gastrique avait également été conseillée. Je ne présente pas ce schéma comme un modèle : les médicaments qui diminuent l’acidité de l’estomac ne rendent pas les anti-inflammatoires inoffensifs. Les fortes doses augmentent notamment les risques digestifs et rénaux. [9] [11]

Ce que je retiens de Rui, ce n’est donc pas une recette de médicaments. C’est qu’il a pris le temps de m’écouter, de poser des questions et de m’aider à trouver une prise en charge alors que je n’en pouvais plus.

Enfin un peu de répit

Le soir même, je me sentais un peu mieux. J’appliquais souvent du froid sur ma joue : c’était l’une des choses qui me soulageaient le plus.

Si je suis devenu un grand défenseur de la poche froide, ce n’est pas complètement par hasard. Petite précision utile : une poche froide se met à travers un tissu, jamais directement sur la peau. [13]

Les jours suivants, l’amélioration a été spectaculaire. La joue a dégonflé. La douleur a diminué. J’ai recommencé à manger normalement.

Je ne peux pas attribuer chaque étape de cette amélioration à un seul traitement. Je sais simplement que j’allais enfin dans le bon sens.

Mais le petit relief osseux n’avait pas tout à fait dit son dernier mot.

La dernière intervention

Une partie dure est de nouveau devenue apparente dans ma bouche. Cette fois, elle ne me blessait plus comme avant. Elle était moins pointue, mais ma langue revenait dessus sans arrêt, comme si elle avait reçu une mission.

J’ai recontacté Rui. Je devais rentrer au Portugal pour les fêtes de fin d’année ; j’en ai profité pour consulter dans son cabinet.

Il a corrigé la partie osseuse qui dépassait. Après ce dernier geste, un peu d’os restait visible, mais il m’a expliqué que la gencive allait progressivement recouvrir la zone.

C’est ce qui s’est passé.

Le problème n’est plus revenu.

Enfin.

Ce que cette histoire m’a appris

Je savais déjà qu’une chirurgie pouvait avoir des complications. Je suis infirmier. Je n’avais pas besoin de mes dents de sagesse pour découvrir le concept.

En revanche, vivre pendant des semaines avec une langue blessée, une bouche douloureuse et des repas compliqués m’a rappelé à quel point un problème apparemment limité peut devenir envahissant.

Sur un dossier, « petite pointe osseuse » tient sur une ligne. Dans la journée de celui qui la subit, elle peut prendre toute la place.

J’ai aussi compris ce qui m’avait manqué après la deuxième intervention : savoir à quoi m’attendre, comment gérer la douleur et qui contacter si les choses se passaient mal. Être soignant ne m’avait pas empêché de me retrouver démuni une fois rentré chez moi.

Et je garde beaucoup de gratitude pour Rui. Pour son aide, évidemment, mais aussi pour le sérieux avec lequel il a accueilli ma situation. À ce moment-là, être écouté comptait énormément.

Dans ma tête, les dents de sagesse devaient occuper quelques jours de ma vie. Dans la réalité, il y a eu l’opération de septembre, l’histoire du sinus, la pointe d’os, la langue en plaie, plusieurs interventions et les fêtes de fin d’année avant d’en voir le bout.

Quand tout s’est enfin calmé, j’ai retrouvé un plaisir très simple : manger sans penser à ma bouche.

On sous-estime beaucoup ce bonheur-là.

Aujourd’hui, je n’ai plus aucun problème dentaire ni aucune séquelle de cet épisode.

Le message ByeBobo

L’extraction des dents de sagesse est une intervention courante, et la plupart des patients récupèrent sans complication importante. Mon histoire n’est pas le parcours qui t’attend forcément. [2] [13]

Mais une intervention courante mérite des explications claires et des consignes adaptées. Demande ce que tu peux faire, ce que tu dois éviter, comment prendre ton traitement et qui appeler en cas de problème.

Respecte ces consignes, même quand le geste te paraît anodin. Et si quelque chose évolue mal, recontacte le professionnel : une complication peut survenir même quand on a fait attention.

Demande rapidement un avis si tu présentes :

  • une douleur importante que les médicaments ne soulagent pas, ou qui s’aggrave ; [2]
  • un gonflement important ou qui empire, de la fièvre, un mauvais goût accompagné de douleur ou un malaise général ; [2]
  • un saignement qui ne s’arrête pas malgré la compression recommandée ; [2] [4]
  • un passage d’air ou de liquide entre la bouche et le nez ; [3]
  • une pointe dure qui blesse la langue ou gêne durablement l’alimentation. [7]

Si tu as du mal à respirer ou à avaler, ou si le gonflement devient massif dans la bouche, c’est une urgence : appelle les secours sans attendre. [12]

Après les dents de sagesse, le but n’est pas de jouer au héros. Le but, c’est de cicatriser.

Et, si possible, de ne pas transformer un simple mouchage en chapitre entier de ta vie.

Bobo ? ByeBobo.
Diogo Oliveira, infirmier urgentiste

Sources

Les références ci-dessous concernent les explications médicales et les recommandations générales. Le récit personnel, les sensations et le déroulement de ma prise en charge correspondent à mon expérience en 2015.

  1. RadiologyInfo — American College of Radiology et Radiological Society of North America. Panoramic Dental X-ray. Radiographie panoramique et préparation des soins dentaires.
  2. NHS. Wisdom tooth removal. Extraction, anesthésie, suites habituelles et signes nécessitant un avis urgent.
  3. NHS Forth Valley. Mouth and Sinus (Oral–Antral) Closure Aftercare. Communication entre bouche et sinus, fermeture et précautions concernant la pression.
  4. University College London Hospitals NHS Foundation Trust. Dental extractions: post-operative instructions. Protection du caillot, rinçages, alimentation et suites opératoires.
  5. Assurance Maladie. Comprendre la déviation de la cloison nasale. Définition et conséquences possibles sur la respiration nasale.
  6. NHS. Allergic rhinitis. Symptômes nasaux et allergie aux acariens.
  7. Alves-Pereira D et al. Sharp mandibular bone irregularities after lower third molar extraction: incidence, clinical features and risk factors. Medicina Oral, Patología Oral y Cirugía Bucal. 2013;18(3):e455–e460. DOI : 10.4317/medoral.18700. Irrégularités osseuses après extraction et correction lorsqu’elles sont symptomatiques. Texte intégral déposé par les auteurs.
  8. NHS. Paracetamol for adults. Indications, précautions et respect des doses.
  9. NHS. Ibuprofen for adults. Effet antidouleur et anti-inflammatoire, doses prescrites et risques digestifs ou rénaux.
  10. NHS. About tramadol. Antidouleur opioïde sur prescription et précautions.
  11. NHS. Omeprazole. Réduction de l’acidité gastrique et prévention de certains ulcères ; cette référence explique le principe de protection gastrique, sans identifier le médicament que j’ai reçu en 2015.
  12. NHS. Dental abscess. Évaluation et traitement des infections dentaires, limites des antidouleurs et signes d’urgence.
  13. Royal Berkshire NHS Foundation Trust. Wisdom teeth removal. Juin 2026. Suites opératoires et utilisation d’une poche froide enveloppée dans un tissu.
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