Frapper un mur : le mur gagne toujours
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Témoignage
Frapper un mur : le mur gagne toujours
Les urgences sont un endroit où l’on voit beaucoup de choses : des maladies graves, des accidents impressionnants et, parfois, des situations qui font réfléchir.
Un soir, un patient arrive avec les deux mains très douloureuses. Elles sont gonflées, déformées, et il a un mal fou à bouger les doigts. La question arrive naturellement :
— « Qu’est-ce qui s’est passé ? »
Sa réponse est simple. Il s’est énervé. Très énervé. Dans un moment de rage, il a frappé un mur de toutes ses forces. Avec la main droite. Puis avec la main gauche.
Quand la colère rencontre le béton
Les murs gagnent presque toujours. Les radiographies ont confirmé ce que l’on soupçonnait déjà : deux fractures complexes.
- À la main gauche : fracture du 5e métacarpien.
- À la main droite : fracture du 5e métacarpien.
Le verdict tombe : l’indication est chirurgicale pour les deux mains. Ce patient a dû être opéré pour stabiliser les os avec du matériel d’ostéosynthèse.
Deux mains immobilisées : le cauchemar quotidien
Quand on se casse une main, la vie devient compliquée. Mais quand les deux mains sont immobilisées, tout devient un défi insurmontable. S’habiller, se laver, manger, ou simplement utiliser son téléphone...
Pendant plusieurs semaines, ce patient a dû dépendre entièrement de quelqu’un d’autre pour les gestes les plus basiques. Tout ça pour quelques secondes de colère noire.
La fracture du boxeur
Aux urgences, ce type de blessure est bien connu. On parle de fracture du boxeur lorsqu’on se brise le col du 5e métacarpien après avoir frappé un objet dur avec le poing fermé.
La main est un outil de précision composé de nombreux petits os. Ils sont parfaits pour la dextérité, mais beaucoup moins solides qu’une brique. Au-delà de la fracture, ce choc peut causer des lésions nerveuses et une perte durable de la force de préhension.
Les images parlent d’elles-mêmes
J’ai gardé les radiographies de ce patient. En les regardant, on réalise à quel point la violence du choc est concrète. On voit l’os céder sous la pression de l’impact. C’est un rappel brutal que notre corps a des limites physiques très claires.
main gauche
main droite
Le message ByeBobo
La colère est une émotion humaine normale. Mais elle peut nous pousser à des gestes que notre corps paie très cher. Un mur ne cède presque jamais ; les os de la main, si.
Apprendre à canaliser son impulsivité, c’est aussi protéger sa santé. Quelques secondes pour reprendre son souffle peuvent éviter des semaines de douleur, un passage au bloc opératoire et une perte d’autonomie totale.
Bobo ? ByeBobo.
Diogo Oliveira, infirmier urgentiste