« Pourquoi consultez-vous maintenant ? »

« Pourquoi consultez-vous maintenant ? »

Urgences

« Pourquoi consultez-vous pourquoi maintenant ? »

Si tu as déjà franchi la porte des urgences, tu as peut-être déjà rencontré un infirmier ou un médecin qui, après t’avoir écouté, t’a posé cette question un peu surprenante :

« Pourquoi consultez-vous précisément maintenant ? »

Beaucoup de patients se sentent agressés par cette interrogation. Ils l’entendent comme :

« Pourquoi venez-vous nous déranger à cette heure-ci ? »

Mais en réalité, c’est souvent tout le contraire.

Pour nous, soignants, cette question n’est pas un jugement. C’est l’une des questions les plus utiles pour comprendre l’urgence de ta situation.

Parce qu’aux urgences, on ne cherche pas seulement à savoir ce que tu as. On cherche aussi à comprendre ce qui a changé. Et le timing pour consulter est très important, comme je l'ai déjà expliqué dans cet article.

Dans les coulisses de ton anamnèse

Aux urgences, nous utilisons des questions structurées pour ne pas passer à côté d’une information importante. L’un des outils connus dans l’évaluation d’un patient est l’acronyme SAMPLE.

C’est une sorte de check-list mentale qui nous aide à brosser ton portrait médical en quelques minutes :

  • S — Signes et symptômes : qu’est-ce qui ne va pas aujourd’hui ?
  • A — Allergies : médicaments, aliments, produits de contraste, etc.
  • M — Médicaments : quel est ton traitement habituel ?
  • P — Passé médical : antécédents, chirurgies, maladies chroniques.
  • L — Last meal : à quelle heure as-tu mangé ou bu pour la dernière fois ? Cette information peut être importante en cas d’anesthésie ou de geste urgent.
  • E — Événements : que s’est-il passé avant l’apparition du problème ?

Il existe aussi d’autres façons de structurer l’évaluation, notamment pour une douleur : quand ça a commencé, ce qui aggrave ou soulage, où ça fait mal, l’intensité, l’évolution dans le temps.

Bref, on essaie de reconstruire ton histoire.

Et la question « Pourquoi maintenant ? » vient mettre du lien entre tous ces éléments.

Pourquoi cette question est-elle si importante ?

Imagine que tu as mal au dos depuis trois semaines.

Si tu te présentes aux urgences un mardi à 22 h, mon rôle n’est pas de juger ton heure d’arrivée. Mon rôle est de comprendre la rupture d’équilibre. Qu’est-ce qui a changé entre mardi matin et mardi soir ?

La réponse à cette question révèle souvent le facteur déclenchant.

Par exemple :

  1. L’intensité : « La douleur est passée de 4/10 à 9/10 en une heure. »
  2. L’inefficacité du traitement : « Les antidouleurs que je prends d’habitude ne font plus rien. »
  3. L’apparition d’un signe d’alerte : « J’avais mal au dos, mais maintenant j’ai des fourmis dans les jambes. »
  4. L’épuisement : « Je n’ai pas dormi depuis trois nuits, je n’en peux plus. »
  5. L’inquiétude de l’entourage : « Ma femme m’a trouvé changé. »

Ces informations peuvent complètement modifier notre lecture de la situation.

Une douleur ancienne qui reste stable, ce n’est pas la même chose qu’une douleur ancienne qui devient brutalement différente.

Une fièvre qui commence, ce n’est pas la même chose qu’une fièvre qui dure et qui s’accompagne d’un état général qui se dégrade.

Une chute avec une petite gêne, ce n’est pas la même chose qu’une chute après laquelle tu n’arrives plus à poser le pied.

Le symptôme compte. Mais son évolution compte énormément.

Une question qui fait gagner du temps

Si tu consultes pour un problème qui traîne, dire simplement « j’ai mal » nous donne une information, mais elle reste incomplète.

Dire « j’ai mal depuis trois semaines, mais aujourd’hui quelque chose a changé », c’est beaucoup plus utile. Ça nous aide à comprendre pourquoi tu es passé de :

« J’attends encore un peu »

à :

« Là, je dois consulter. »

Et ce passage-là est souvent précieux. Il peut nous aider à décider s’il faut simplement soulager et rassurer, ou s’il faut aller plus loin : prise de sang, radiographie, scanner, surveillance, avis spécialisé.

Parfois, la raison est aussi très pragmatique :

« Je n’ai pas trouvé de rendez-vous chez mon médecin traitant. »

« Mon pharmacien m’a conseillé de venir. »

« Mon proche m’a poussé à consulter. »

« Je pars en voyage demain et je voulais être sûr. »

Même ces réponses sont utiles.

Elles nous donnent ton contexte. Elles nous expliquent ton niveau d’inquiétude, ce que tu as déjà essayé, et pourquoi tu as franchi la porte des urgences aujourd’hui.

Comment répondre à cette question ?

Tu n’as pas besoin de faire un discours compliqué. Tu n’as pas besoin d’utiliser des mots médicaux. Tu n’as pas besoin d’avoir déjà compris ton diagnostic.

Réponds simplement à cette idée :

Qu’est-ce qui a changé ?

Par exemple :

« J’avais mal depuis quelques jours, mais aujourd’hui la douleur a fortement augmenté. »

« Je prenais du paracétamol, mais depuis ce matin ça ne suffit plus. »

« Depuis une heure, j’ai un nouveau symptôme. »

« Mon enfant n’est plus comme d’habitude. »

« Mon entourage m’a trouvé bizarre. »

« J’ai eu peur parce que cette fois, ce n’était pas comme d’habitude. »

C’est ça qui nous aide. Pas une justification. Une information.

Le message ByeBobo

Si un soignant te demande « Pourquoi consultez-vous maintenant ? », ne te sens pas visé.

Il ne juge pas ton emploi du temps. Il ne te reproche pas d’être venu. Il ne te demande pas de prouver que tu mérites ta place aux urgences. Il cherche la clé de ton histoire.

Sois le plus précis possible sur ce qui a changé : la douleur, l’intensité, le moment d’apparition, un nouveau symptôme, l’échec d’un traitement, l’inquiétude de ton entourage ou ton épuisement.

Aux urgences, chaque détail compte. Et parfois, le « maintenant » est l’information la plus révélatrice de toutes.

Bobo ? ByeBobo.
Diogo Oliveira, infirmier urgentiste

Sources principales

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