« Je n’ai rien pris » : Pourquoi il ne faut pas avoir peur de soulager sa douleur

« Je n’ai rien pris » : Pourquoi il ne faut pas avoir peur de soulager sa douleur

Aux urgences, une grande partie de mes patients arrive avec une chose en commun : ils ont mal. C’est probablement le motif d’admission le plus fréquent. Quand j’évalue l’intensité de leur douleur, ma question suivante est presque toujours la même : « Vous avez pris quelque chose ? »

La réponse qui revient le plus souvent, dite avec hésitation, parfois avec fierté, parfois avec doute : « Je n’ai rien pris. »

Pas de paracétamol. Pas d’anti-douleur. Rien. Derrière cette phrase, il y a presque toujours une raison. Ou plutôt… plusieurs.


« Je suis venu tout de suite »

Certaines personnes arrivent dès que la douleur commence. C’est compréhensible : quand on a mal, on veut être rassuré rapidement. Mais venir aux urgences ne veut pas dire qu’il faut souffrir pendant tout le trajet, l’attente et l’évaluation.

Beaucoup de douleurs peuvent déjà être soulagées avant d’arriver, sans compliquer la prise en charge. Les urgences ne demandent pas un patient en souffrance pour fonctionner. 

Au contraire.


« Je n’ai pas osé »

C’est la peur de prendre quelque chose de mauvais, de masquer les symptômes ou de compliquer le diagnostic. C’est une inquiétude normale, mais dans la majorité des cas, traiter la douleur n’empêche pas de comprendre ce qui se passe. Une douleur soulagée reste une douleur que l'on peut évaluer. Un patient plus confortable est souvent un patient qui explique mieux ce qu’il ressent.


« Je ne savais pas quoi prendre »

C’est probablement la raison la plus fréquente. Face à la douleur, beaucoup hésitent sur le médicament ou la dose. Résultat : ils ne prennent rien. Pourtant, dans beaucoup de situations simples, le paracétamol est une option sûre et efficace, quand il est pris correctement et en l’absence de contre-indications. Ce n’est pas une solution magique, mais c’est un premier pas utile.


« Comme ça, vous voyez mieux ma douleur »

C’est un classique. Certaines personnes pensent que si elles prennent un antidouleur, on ne pourra plus comprendre leur problème. Comme si la douleur devait rester intacte pour être crédible.

La réalité est différente. Nous n’avons pas besoin que quelqu’un souffre pour comprendre qu’il a mal. La douleur n’est pas un examen, ce n’est pas une preuve à préserver. Un patient soulagé bouge mieux, parle mieux et se laisse examiner plus facilement. Paradoxalement, cela aide souvent à poser un diagnostic plus rapidement.


Pourquoi ça arrive si souvent ?

Parce que la douleur fait peur e qu'on ne veut pas faire d'erreur. On pense parfois que « les urgences vont gérer », donc qu’il vaut mieux ne rien faire avant. Mais venir aux urgences ne signifie pas abandonner toute autonomie.


Ce que j’aimerais que tu saches

Si la douleur commence :

• Prendre un antidouleur adapté n’est pas une faute.

• Cela ne cache pas forcément quelque chose de grave.

• Et cela ne complique généralement pas notre travail.


Personne ne gagne à souffrir inutilement.


Le vrai objectif

Aux urgences, on ne cherche pas à mesurer combien tu peux supporter. On cherche à comprendre ce qui se passe et à soulager. Alors non, venir sans avoir rien pris n’est pas « mieux ». 

Parfois, la première chose que l’on fait après l’évaluation, c’est simplement te donner… ce que tu aurais déjà pu prendre chez toi.


Une petite réflexion pour finir

Beaucoup de patients pensent bien faire. Ils veulent aider, ne pas fausser les choses, ne pas déranger. Mais la douleur n’est pas un test à réussir. 

Venir aux urgences n’oblige pas à souffrir en silence.


Bobo ? ByeBobo.


Diogo Oliveira, infirmier urgentiste 

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