On m’a fermé une plaie, et maintenant ?
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Plaies
On m'a fermé une plaie, et maintenant ?
Tous les jours, il y a des patients qui arrivent aux urgences avec une plaie ouverte. Des accidents domestiques, des accidents de travail, des chutes.
Si le patient consulte dans une fenêtre de temps idéale, comme je l’explique dans cet article, la plaie est refermée.
Parfois avec des points de suture.
Parfois avec des agrafes.
Parfois avec de la colle cutanée.
Parfois avec des Steri-Strips.
Une fois que la plaie est refermée, il y a une question qui revient, souvent même avant que je finisse mes soins :
« Et maintenant, je fais quoi ? »
Parce que, sur le moment, on retient surtout une chose : la plaie est fermée. Bonne nouvelle. Mais une plaie fermée n’est pas encore une plaie guérie.
C’est une plaie qu’on a aidée à rester en place pendant que ton corps fait le vrai travail : cicatriser. Et c’est là que les choses deviennent importantes.
Parce que si tu tires dessus, si tu la mouilles n’importe comment, si tu la frottes, si tu ignores les signes d’infection ou si tu décides de tester ta cicatrice comme si c’était une couture de jean, tu peux compliquer la guérison. Et franchement, ce serait dommage.
On vient de fermer la porte. Évite de donner un coup de pied dedans.
Cet article parle de quelles plaies ?
Cet article s’adresse surtout aux personnes qui ont eu une plaie fermée par un professionnel de santé après un accident du quotidien ou une prise en charge médicale.
Cela peut être :
- une coupure suturée ;
- une plaie fermée avec des agrafes ;
- une plaie fermée avec de la colle cutanée ;
- une plaie maintenue par des Steri-Strips ;
- certaines plaies chirurgicales simples, si les consignes reçues sont similaires.
Mais attention : toutes les plaies ne se ressemblent pas.
Une petite coupure au doigt n’a rien à voir avec une plaie profonde, une morsure, une plaie articulaire, une plaie très souillée ou une plaie après une opération importante.
Donc la règle numéro un est simple :
si un professionnel t’a donné des consignes précises, ce sont ces consignes-là qui passent avant tout le reste.
Cet article est là pour t’aider à comprendre la logique générale, pas pour remplacer les instructions qu’on t’a données.
Une plaie fermée, ça veut dire quoi ?
Quand une plaie est ouverte, la prise en charge a principalement pour but de rapprocher les bords de la peau.
L’objectif est de permettre une meilleure cicatrisation, de limiter l’ouverture de la plaie, de protéger les tissus et, quand c’est possible, d’obtenir une cicatrice plus propre.
Mais la fermeture n’est qu’une aide mécanique. Les points, les agrafes, la colle ou les Steri-Strips ne cicatrisent pas à la place de ton corps : ils maintiennent.
C’est ton corps qui va réparer les dégâts, et pendant les premiers jours, cette réparation est encore fragile.
La peau commence à se reconstruire. Les tissus se réorganisent. La cicatrice débute son travail.
Donc même si la plaie a l’air fermée, elle n’est pas encore solide. C’est un peu comme une colle qui vient d’être posée.
Ça tient. Mais si tu tires dessus tout de suite, ne sois pas surpris si ça lâche.
Points, agrafes, colle, Steri-Strips : même objectif, pas toujours les mêmes consignes
Il existe plusieurs façons de fermer une plaie.
Les points de suture rapprochent les bords avec du fil.
Les agrafes sont souvent utilisées sur certaines zones, notamment quand il faut fermer rapidement ou quand la peau s’y prête.
La colle cutanée permet de fermer certaines plaies superficielles sans fil ni agrafe.
Les Steri-Strips sont de petites bandes adhésives qui aident à maintenir les bords de la plaie rapprochés.
Le principe général est le même : garder la plaie fermée pendant que la cicatrisation démarre.
Mais les consignes peuvent changer selon :
- la localisation ;
- la profondeur ;
- la tension sur la peau ;
- le risque de contamination ;
- le type de fermeture ;
- ton état de santé ;
- la raison de la plaie.
Donc non, il n’y a pas une seule règle magique valable pour toutes les plaies.
Le plus important : ne tire pas sur la plaie
Une plaie fermée déteste la tension.
Si la plaie est située sur une zone qui bouge beaucoup, comme la main, le genou, le coude, le visage, le dos ou une articulation, il faut être particulièrement prudent.
Évite ce qui tire sur la peau. Par exemple :
- porter lourd si la plaie est sur la main ou le bras ;
- plier fortement une articulation si la plaie est dessus ;
- faire du sport trop tôt ;
- étirer la zone ;
- frotter fort ;
- gratter ;
- enlever les croûtes ;
- tester la solidité de la fermeture.
Je sais, parfois ça démange… Et oui, l’être humain a une capacité incroyable à toucher exactement l’endroit qu’on lui a dit de ne pas toucher. Mais essaie de résister.
Une plaie fermée a besoin de calme.
Le pansement : à quoi il sert ?
Le pansement n’est pas là pour faire joli. Il peut servir à :
- protéger la plaie des frottements ;
- absorber un petit suintement ;
- limiter la contamination ;
- éviter que les points ou agrafes accrochent aux vêtements ;
- protéger la zone pendant les premiers jours.
Si on t’a donné une consigne précise pour le pansement, suis-la.
Certains pansements doivent rester en place un certain temps. D’autres doivent être changés régulièrement. Certaines plaies doivent rester couvertes. D’autres peuvent être laissées à l’air après une certaine période.
Tout dépend de la plaie.
Mais il y a une règle simple :
un pansement mouillé, sale, décollé ou souillé doit être changé le plus vite possible.
Un pansement oublié trop longtemps peut devenir un problème.
Il peut macérer. Il peut irriter la peau. Il peut retenir des saletés. Il peut cacher une plaie qui commence à mal évoluer.
Nettoyer ou désinfecter : suis les consignes reçues
J’entends systématiquement cette question à chaque fois qu’une plaie est refermée :
« Je dois désinfecter tous les jours ? »
La réponse honnête est : ça dépend.
Certaines plaies doivent simplement être nettoyées doucement au sérum physiologique ou à l’eau, selon les consignes reçues. D’autres nécessitent une désinfection régulière.
La plupart des colles cutanées et des Steri-Strips ne doivent pas être frottés ou mouillés n’importe comment.
Donc ici, le message est très clair :
ne change pas la stratégie de soin tout seul.
Si on t’a dit de nettoyer au sérum physiologique, fais ça. Si on t’a dit de désinfecter chaque jour, fais ça. Si on t’a dit de ne pas toucher pendant un certain temps, respecte ça.
Et surtout : ne mets pas de trucs dessus que ta tante t’a conseillés parce qu’elle l’a fait toute sa vie…
Alcool, eau oxygénée, antiseptique, pommade, crème, huile essentielle, remède de grand-mère, « juste un petit truc en plus »…
S’il te plaît.
Une plaie fermée a besoin de soins adaptés. Si tu veux comprendre pourquoi on ne désinfecte pas toutes les plaies de la même façon, j’en parle plus en détail ici.
Douche, bain, piscine : qu’est-ce qu’on peut faire ?
« Comment je vais faire pour me laver ? »
Généralement, tant que le matériel médical utilisé pour refermer la plaie est encore présent, il faut éviter de mouiller. Donc mon conseil est simple : lave-toi au lavabo avec un gant de toilette. Ce n’est pas ce qu’il y a de plus agréable, mais c’est ce qu’il y a de plus sûr.
La douche est souvent possible plus rapidement que le bain, mais cela dépend du type de plaie, du pansement et des consignes reçues.
Le bain, lui, est plus problématique, parce qu’il fait tremper la plaie. Une plaie fermée n’aime pas forcément rester dans l’eau, surtout au début.
La piscine, le jacuzzi, le lac, la mer ou la rivière posent encore plus de questions : eau non stérile, macération, frottements, risque de contamination.
Donc, en pratique :
- suis les consignes qu’on t’a données ;
- évite de faire tremper la plaie tant qu’elle n’est pas bien cicatrisée ;
- protège le pansement si on te l’a demandé ;
- sèche doucement autour, sans frotter ;
- change le pansement s’il est mouillé ou décollé.
Et si ça saigne ou si ça suinte ?
Un petit suintement au début peut arriver.
Un peu de sang sur le pansement peut aussi arriver, surtout dans les premières heures, ou si la zone a été mobilisée. Ce n’est pas forcément dramatique. Mais il faut surveiller.
Ce qui est plus inquiétant :
- un saignement qui ne s’arrête pas ;
- un pansement qui se remplit rapidement ;
- une plaie qui s’ouvre ;
- un écoulement épais, jaune, vert ou malodorant ;
- une douleur qui augmente franchement ;
- une rougeur qui s’étend.
Dans ces cas-là, demande un avis médical.
Les signes d’infection à surveiller
C’est probablement une des parties les plus importantes de l’article.
Une plaie peut s’infecter. Même si elle a été bien nettoyée. Même si elle a été bien fermée. Même si tu as été sage.
Le risque zéro n’existe pas.
Les signes qui doivent t’alerter :
- rougeur qui s’étend autour de la plaie ;
- chaleur locale importante ;
- douleur qui augmente au lieu de diminuer ;
- gonflement qui empire ;
- pus ;
- mauvaise odeur ;
- fièvre ;
- sensation de malaise ;
- traits rouges qui remontent depuis la plaie ;
- plaie qui s’ouvre ;
- bords qui se séparent.
Un peu de sensibilité autour d’une plaie récente peut être normal.
Une petite rougeur localisée peut parfois exister au début.
Mais si tu as une douleur qui empire, une rougeur qui s’étend, du pus ou de la fièvre, ce sont des indications pour demander un avis médical.
Si un point lâche ou si la plaie s’ouvre
Si un point lâche, si une agrafe saute, si les Steri-Strips se décollent trop tôt ou si la plaie commence à s’ouvrir, il faut être prudent.
Ne tire pas dessus. Ne colle pas n’importe quoi. Ne tente pas de « réparer » toi-même.
Nettoie si nécessaire selon les consignes que tu as reçues, protège avec un pansement propre, et demande un avis médical.
Surtout si :
- les bords s’écartent ;
- la plaie saigne ;
- tu vois les tissus en profondeur ;
- la douleur augmente ;
- la plaie est sur une zone de tension ;
- il y a des signes d’infection.
Une plaie qui s’ouvre, ce n’est pas forcément une catastrophe, mais c’est une raison pour consulter.
Quand retirer les points ou les agrafes ?
Les points ou agrafes non résorbables doivent être retirés au bon moment. Mais ce moment dépend de beaucoup de choses :
- la localisation de la plaie ;
- la profondeur ;
- la tension sur la peau ;
- le type de fermeture ;
- ton âge ;
- ton état de santé ;
- la qualité de la cicatrisation ;
- le risque que la plaie se rouvre.
Une plaie sur le visage ne se gère pas comme une plaie sur une jambe.
Une plaie sur une articulation ne se gère pas comme une plaie sur une zone qui bouge peu.
Donc je ne vais pas te donner un chiffre magique.
Le bon délai, c’est celui qu’on t’a donné.
Si on t’a dit de faire retirer les points ou les agrafes à une certaine date, respecte cette date.
Si tu n’as pas compris, si tu n’as pas reçu de consigne, ou si tu ne sais pas qui doit les retirer, contacte ton médecin traitant, un infirmier ou le service qui t’a pris en charge.
Et surtout : ne retire pas tes points toi-même parce que « ça a l’air bon ».
Et les fils résorbables ?
Certains fils sont résorbables. Cela veut dire qu’ils sont conçus pour disparaître progressivement avec le temps. Ils ne doivent pas forcément être retirés.
Tout dépend du type de fil, de la localisation et de la plaie.
Parfois, les fils visibles tombent ou se détachent progressivement. Parfois, on te demande quand même de faire contrôler la plaie. Parfois, un fil qui dépasse peut irriter.
Donc si on t’a dit que les fils sont résorbables, suis les consignes reçues. Si un fil gêne, tire, gratte, rougit ou te semble anormal, demande un avis.
La cicatrice : elle commence maintenant
Beaucoup de gens pensent à la cicatrice seulement après le retrait des points. En réalité, la cicatrice commence dès le début.
Les premiers jours servent à fermer et protéger. Les semaines et les mois suivants servent à remodeler.
Une cicatrice peut être rouge, rosée, sensible, dure ou un peu en relief au départ. Ce n’est pas forcément anormal.
Avec le temps, elle évolue.
Elle peut s’assouplir. Elle peut pâlir. Elle peut devenir moins visible.
Mais ça prend du temps.
Une cicatrice ne se juge pas après trois jours avec un miroir grossissant et une lampe dans la salle de bain.
Comment aider la cicatrice à être moins visible ?
La cicatrice dépend de la plaie, de sa localisation, de la tension sur la peau, de ton âge, de ta génétique, de ton type de peau, de l’infection éventuelle et de la façon dont la plaie cicatrise. Mais tu peux quand même aider.
Quelques principes simples :
Ne tire pas sur la cicatrice
La tension peut élargir la cicatrice. Donc évite les mouvements ou efforts qui tirent sur la zone pendant la phase de cicatrisation.
N’arrache pas les croûtes
Je sais, ça donne envie. Mais une croûte n’est pas une décoration à enlever quand tu t’ennuies. Elle tombera quand elle sera prête.
Évite le soleil
Une cicatrice récente exposée au soleil peut se pigmenter et rester plus visible.
Quand la plaie est bien fermée, protège la cicatrice du soleil : vêtements, pansement si nécessaire, ou protection solaire adaptée selon la zone et les conseils reçus.
Ne mets pas n’importe quelle crème
Tant que la plaie n’est pas bien fermée, évite les crèmes, huiles ou produits non prescrits.
Une fois la plaie bien cicatrisée, certains soins peuvent être proposés selon le type de cicatrice : hydratation, massage, silicone, protection solaire.
Mais chaque chose en son temps.
Consulte si la cicatrice devient anormale
Si la cicatrice devient très rouge, très douloureuse, très dure, très épaisse, si elle démange beaucoup ou si elle s’élargit, demande un conseil médical.
Il existe des solutions, mais plus on agit tôt, mieux c’est.
Travail, sport, mouvements : prudence
Ça t’est déjà arrivé de cogner une plaie que tu avais depuis trois jours et que ça recommence à saigner, n’est-ce pas ?
La bonne évolution d’une plaie fermée peut être mise en danger par les mouvements.
Surtout si elle est située :
- sur une articulation ;
- sur la main ;
- sur le genou ;
- sur le coude ;
- sur le visage ;
- dans le dos ;
- sur une zone de frottement.
Le travail, le sport, le port de charges, les mouvements répétés ou les étirements peuvent tirer sur la plaie. Et une plaie qui tire trop peut :
- saigner ;
- s’ouvrir ;
- cicatriser plus lentement ;
- donner une cicatrice plus large.
Si ton activité sollicite la zone blessée, sois prudent. Et si tu as un doute sur la reprise du travail, du sport ou d’un effort, demande conseil au professionnel qui t’a pris en charge ou à ton médecin traitant.
Ton objectif n’est pas de prouver que tu es solide. Ton objectif est que la plaie reste fermée. C’est moins héroïque, mais beaucoup plus utile.
Quand faut-il reconsulter ?
Demande rapidement un avis médical si :
- la douleur augmente au lieu de diminuer ;
- la rougeur s’étend autour de la plaie ;
- la zone devient très chaude ;
- le gonflement empire ;
- du pus apparaît ;
- la plaie sent mauvais ;
- tu as de la fièvre ;
- des traits rouges remontent depuis la plaie ;
- la plaie s’ouvre ;
- un point ou une agrafe lâche et les bords s’écartent ;
- le pansement se remplit de sang ;
- tu perds la sensibilité autour de la plaie ;
- la plaie est sur la main, le visage, une articulation ou une zone fragile et l’évolution t’inquiète.
Demande aussi un avis si tu ne sais pas quand retirer les points ou les agrafes, ou si tu n’as pas compris les consignes.
Une plaie fermée doit aller progressivement vers le calme. Si elle part dans l’autre sens, ce n’est pas un échec. C’est juste un signal. Et un signal, ça se respecte.
Le message ByeBobo
Une plaie fermée n’est pas une plaie terminée. C’est une plaie qu’on a aidée à rester en place.
Maintenant, ton travail est simple :
- protéger ;
- éviter de tirer ;
- garder propre ;
- suivre les consignes ;
- surveiller les signes d’infection ;
- penser à la cicatrice.
Les points, les agrafes, la colle ou les Steri-Strips font leur partie.
Ton corps fait le reste.
Et toi, ton rôle, c’est surtout de ne pas saboter l’équipe.
Ce qui, soyons honnêtes, est déjà un beau programme et mérite de la rigueur.
Bobo ? ByeBobo.
Diogo Oliveira, infirmier urgentiste
Check-list ByeBobo
À garder sous la main pendant les jours qui suivent.
- ☐Je suis les consignes qu’on m’a données pour ma plaie.
- ☐Je garde la plaie propre et protégée.
- ☐Je change le pansement s’il est mouillé, sale, décollé ou souillé.
- ☐Je ne désinfecte pas autrement que ce qui m’a été conseillé.
- ☐J’évite de faire tremper la plaie trop tôt.
- ☐Je ne gratte pas les croûtes et je n’arrache pas les Steri-Strips.
- ☐J’évite les mouvements ou efforts qui tirent sur la plaie.
- ☐Je surveille les signes d’infection : rougeur qui s’étend, chaleur, douleur qui augmente, pus, fièvre.
- ☐Je demande un avis si la plaie s’ouvre ou si un point ou une agrafe lâche.
- ☐Je protège la cicatrice du soleil une fois la plaie fermée.
- ☐Je respecte le délai qu’on m’a donné pour retirer les points ou les agrafes.
- ☐En cas de doute, j’en parle à mon médecin traitant, à un infirmier ou au service qui m’a soigné.
Sources principales
- Ameli — Comment bien soigner une plaie ?
- Ameli — Coupure cutanée
- Healthdirect Australia — Caring for stitches
- NHS — Scars
- Guy’s and St Thomas’ NHS Foundation Trust — Stitches
- MedlinePlus — Surgical wound care, closed
- MedlinePlus — Incision closures
- American Academy of Dermatology — Scars: diagnosis and treatment