Le jour où personne ne m’a cru

Le jour où personne ne m’a cru

Témoignage

Le jour où personne ne m’a cru

Avant d’avoir de l’expérience en portant une tenue d’infirmier, j’en ai aussi acquis en portant un bracelet d’hôpital. Je sais ce que c’est d’être du côté soignant, mais je sais aussi très bien ce que c’est d’être du côté patient.

J’ai eu des bobos. Des vrais. Certains évitables, d’autres pas. Et à chaque fois, cela m’a appris quelque chose que les livres n’enseignent pas.

1er avril 2010. J’ai 20 ans. Je suis étudiant infirmier. Ce jour-là, j’ai appris à mes dépens que la douleur n’est pas toujours prise au sérieux — surtout quand elle dérange le timing des autres.

Une action. Un bruit. Un genou.

C’était un jeudi de vacances. Mon père était à Lisbonne pour voir un match de foot. Moi, je faisais ce que font beaucoup de jeunes de mon âge : un futsal entre potes. On avait loué la salle pour une heure. Donc évidemment… pas d’échauffement.

Première action. Premier ballon. Un tacle un peu appuyé. Genou contre genou.

Mon genou gauche encaisse tout.

J’ai senti un "crack". Un vrai. Pas un bruit imaginaire. Je me suis écroulé au sol. La pire douleur de ma vie. Et là, silence… puis rires.

Personne ne m’a cru. Poisson d’avril. Mes amis ont continué à jouer.

Moi, j’étais par terre. En larmes.

Aux urgences… et toujours seul

J’ai pris le volant — je ne sais toujours pas comment — et je suis allé aux urgences. Salle d’attente. Douleur 10/10.

J’appelle ma sœur, infirmière dans ce service d’urgences. Elle est en congé. Je la supplie de demander à ses collègues de me prendre en charge. Sa réponse ? Elle ne me croit pas. Poisson d’avril.

Après lui avoir juré que c’était vrai, elle appelle enfin le service. Oui, je suis bien là.

Prise en charge antalgique.

Résultat de la radiographie : normale. Retour à domicile avec des antidouleurs.

« Mais tu t’es vraiment blessé ? »

Mon père rentre à 3h du matin. Moi, je suis dans le fauteuil, de la glace sur le genou, incapable de trouver une position confortable. Il me regarde et me dit :

« Mais tu t’es vraiment blessé ?! »

Non, papa. Je joue la comédie depuis dix heures.

Personne ne m’avait cru.

Le verdict et la peur au bloc

Les semaines passent. Je marche mal, je boite, mon genou est instable. Je prends rendez-vous chez un orthopédiste qui demande une IRM.

Verdict : rupture totale du ligament croisé antérieur. Chirurgie nécessaire.

À cette époque, je suis en stage infirmier. Un jour, au bloc opératoire, je vois l’orthopédiste — celui-là même qui doit m’opérer — en train de poser une prothèse totale de genou. Je le regarde manipuler les outils, l’os, la chair... Je fais le transfert immédiat. C’est mon genou que je vois là. Je te le dis franchement : je n’étais pas bien. Des sueurs froides. Quelle boucherie !

Le matin de l’opération... le choc

Chirurgie programmée le 16 août. Je me prépare, je rase ma jambe, je suis hospitalisé la veille. Anamnèse, perfusion, consigne stricte : à jeun à partir de minuit. Je suis prêt.

Le lendemain matin, une infirmière entre et me réveille... en m’apportant un petit-déjeuner.

Je lui dis : « Mais je suis à jeun, je passe au bloc ! ».

Elle insiste, elle est sûre d’elle : « Non, non, vous pouvez manger ».

Là, je comprends que quelque chose cloche. Le médecin arrive : un tuyau de canalisation a explosé pendant la nuit au bloc opératoire. Toutes les salles sont condamnées. Toutes les chirurgies sont annulées. Je rentre chez moi, toujours blessé, après avoir passé la nuit à l’hôpital pour rien.

Cette fois, c’est la bonne

Le 31 août, pas d’imprévu. L’opération se passe bien. Mais le réveil est une autre histoire.

Retour en chambre, anesthésie... et une envie d’uriner impossible à satisfaire. Je demande pour aller aux toilettes. Refus total. Dans le désespoir, je demande une sonde vésicale pour vider ma vessie, tellement la douleur abdominale est forte. L’infirmière pose une sonde CH18.

Si tu ne sais pas ce que c’est, sache que c’est une des plus grosses. Madame, si tu me lis : sache que je te maudis jusqu’à la dixième génération. Résultat : 800 ml d’urine. J’avais un globe vésical.

Ce que ce "bobo" m’a appris

Aujourd’hui, j’ai récupéré ma mobilité, même si mon genou me prévient quand le temps change (et non, ce n’est pas un bobard !).

Cette expérience a façonné ma vision de soignant. Elle m’a appris que :

  • La douleur est souvent minimisée par l’entourage et les soignants.
  • Des examens "normaux" ne veulent pas dire que tout va bien.
  • L’absence d’explication est parfois pire que la blessure elle-même.
  • Si personne ne t’explique comment gérer ta blessure, tu fais comme tu peux. Et souvent, tu fais mal.

Pourquoi je te raconte ça ?

Parce que ce jour-là, je n’étais ni soignant, ni expert. J’étais juste un patient avec une douleur réelle que personne ne voulait voir.

Quand on ne comprend pas ce qui nous arrive, on doute de soi autant que de son corps. C’est pour t’éviter ce doute et ces erreurs que j’ai créé ByeBobo.

Bobo ? ByeBobo.
Diogo Oliveira, infirmier urgentiste

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