Le jour où un gainage m’a offert une hernie
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J’ai déjà vu des milliers de bobos chez les patients, mais je dois être honnête : j’ai moi aussi une belle collection personnelle. Être infirmier ne m’a pas immunisé contre les mauvaises idées, l’excès de confiance ou les décisions prises au mauvais moment. Cette histoire en est le parfait exemple. Et oui, je sais vraiment ce que c’est d’être du côté du patient.
2013 : sport, confiance et cerveau en mode "off"
On était en 2013. J’allais bientôt partir en Belgique et j’étais en plein apprentissage du français. Sans emploi, mes journées étaient plutôt légères. Je faisais beaucoup de sport, de la salle 4 à 5 fois par semaine. Les résultats étaient là : plus de muscle, moins de gras et surtout… cette irrévérence typique de celui qui a 23 ans et se sent invincible.
Un soir, resto entre potes. Repas copieux, quelques verres de vin. Et là, l’idée brillante : faire un concours de gainage… en plein restaurant.
Des hommes en meute, au début de la vingtaine, avec un peu d’alcool dans le sang, ont un QI extrêmement bas. C’est scientifique (ou presque). Je ne sais plus combien de temps j’ai tenu, mais on tournait autour des 3 minutes. J’ai gagné. J’étais fier.
La soirée continue… et la "boule" apparaît
On part dans un bar. Je joue au billard. Et là, je sens une drôle d’impression au-dessus du nombril. Je touche. Une petite boule. J’appuie : elle rentre. Je tousse : elle ressort.
À ce moment précis, même sans miroir, je sais que je suis devenu tout blanc. La pièce tombe. Comme quand on t’annonce une mauvaise nouvelle, sauf que là… c’est moi qui me l’annonce à moi-même.
Je regarde mon pote et je lâche : « J’ai une hernie. »
J’étais déjà infirmier. Peu d’expérience de terrain, mais un bagage théorique tout frais. Et quand tu sais ce que ça veut dire, tu sais que ce n’est pas juste une "boule bizarre".
Diagnostic confirmé et chirurgie
Le lendemain, direction le médecin. Échographie abdominale : hernie ombilicale avec une fissure de la paroi. Risque d’étranglement, donc : indication chirurgicale.
Je me fais opérer dans l'hôpital de ma région. Ma sœur, infirmière dans l’établissement, demande à assister à l’intervention. Autorisation accordée. Je dors (merci l’anesthésie). Et à un moment, la chirurgienne lâche : « Oups, j’ai trop coupé. »
Résultat : pour un "tout petit truc", je me retrouve avec une belle cicatrice d’environ 10 cm au-dessus du nombril. Merci pour le souvenir.
Salle de réveil et traumatisme de la sonde
En salle de réveil, on m’explique que ma tension a été basse. Trois litres de remplissage. Et là, le grand classique : « On doit te poser une sonde vésicale. »
Non. Vraiment, non.
J’étais encore traumatisé par une expérience précédente. Je supplie, je jure que ma vessie est vide. L’anesthésiste insiste : « Je suis obligé ». Hôpital avec peu de moyens, pas d’écho-scanner vésical pour vérifier.
Résultat ? Vessie vide. Traumatisme gratuit. Merci, au revoir.
Même blessé, je reste infirmier (mauvaise idée)
Je passe la nuit à l’hôpital avec un voisin de chambre âgé et très gentil. Sa sonnette tombe, il a soif. Moi, le grand héros : « Oh, on ne va pas déranger mes collègues pour ça. Je suis infirmier, je vais vous chercher de l’eau. »
Je sangle ma ceinture abdominale, je me lève, je marche tant bien que mal. Et bien sûr, je me fais disputer après par l’équipe de garde. À juste titre.
Ce que j’en retiens
Aujourd'hui, j’ai complètement récupéré. Il me reste une cicatrice et une leçon.
Faire du sport, c’est bien. Avoir confiance en son corps, c’est bien. Mais le cocktail mauvais timing + pression abdominale + alcool + ego est parfait pour se créer un bobo évitable. Ce jour-là, ce n’est pas mon corps qui m’a trahi. C’est moi qui ai mal choisi mon moment.
Certains bobos, on les mérite vraiment.
Bobo ? ByeBobo.
Diogo Oliveira, infirmier urgentiste